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A la dernière page de votre livret, vous avez pu lire des extraits du
message que le pape Benoît XVI a adressés à tous les catholiques
pour cette Journée mondiale de la mission, et notamment cette phrase
: "N'oublions pas que la contribution première et prioritaire que
nous sommes appelés à offrir à l'action missionnaire de
l'Eglise est la prière…"
Voici que, ce même jour, le Seigneur Jésus nous donne un enseignement
sur la prière, plus précisément sur la persévérance
dans la prière. C'est la parabole que nous venons d'entendre. Nous sommes
donc invités à persévérer aujourd'hui dans la prière
pour la mission de l'Eglise.
Pourquoi donc prier pour la mission ? Dieu ne sait-il pas que nous devons être
de meilleurs missionnaires chez nous, qu'il faudrait que beaucoup plus de jeunes
partent porter la Bonne Nouvelle sur les autres continents, que partout il y
a besoin de davantage d'ouvriers pour la moisson ? Est-ce qu'il ne le sait pas
? Est-ce qu'il faudrait rabâcher, multiplier les prières comme
cette femme de la parabole qui cassait la tête à ce juge? Eh bien
précisément, Jésus nous raconte cette parabole, nous donne
cette parabole pour nous dire que Dieu est bien plus que ce juge qui se décide
enfin à répondre à cette femme. Il sait ce qu'il nous faut,
mais il veut que, par la prière, nous lui exprimions notre foi, notre
espérance, notre fidélité.
Mais il y a encore plus. La prière ne change pas Dieu, elle ne fait pas
pression sur lui. La prière nous change. Essayez, si vous ne le faites
pas encore : priez avec persévérance pour la mission dans les
Hauts-de-Seine, en France, et partout dans le monde. Priez avec persévérance
! Priez pour que tous les baptisés aient vraiment conscience que la mission
est inscrite sur leur feuille de route. Priez pour la coopération missionnaire
entre toutes les Eglises sur les cinq continents. Priez avec persévérance,
et vous verrez, vous deviendrez davantage missionnaires, vous deviendrez de
meilleurs missionnaires. Vous verrez que vous avez encore beaucoup à
faire, que nous avons encore beaucoup à faire pour la mission. Dieu nous
changera par notre prière pour la mission. Et encore, par le Christ ressuscité,
dans la communion des saints, il fera aussi que votre prière rejoigne
tous ceux et toutes celles qui sont en état de mission, pour qu'ils changent
eux-mêmes ou pour qu'ils soient fortifiés, consolés si nécessaire,
et qu'en tout cas, leur labeur puisse porter du fruit.
"Allez annoncer la Bonne Nouvelle à toute la création…
de toutes les nations, faites des disciples."
C'est à nous que le Seigneur Jésus aujourd'hui donne cet ordre,
cet ordre de mission justement. Annoncer la Bonne Nouvelle, la voilà
notre mission. Où que nous soyons, il nous faut être complémentaires,
solidaires les uns des autres par l'entraide dans la pastorale, par la prière,
par le partage matériel ou financier, voilà comment va s'exprimer
une mission accomplie en Eglise. Annoncer la Bonne Nouvelle est une mission
qui est contenue dans la Parole de Dieu. La Bonne Nouvelle est contenue dans
la Sainte Ecriture, c'est la Parole de Dieu. C'est même la personne même
de Jésus, dont tout le mystère nous est révélé
par l'ensemble de la Bible. Grâce à cette Parole, disait saint
Paul dans la 2ème lecture que nous avons entendue, "… l'homme
de Dieu sera bien armé, et il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour
un bon travail." Notre travail, c'est la mission, c'est l'évangélisation,
c'est la transmission de la Parole. "La Parole que tu reçois, transmets-la."
Ce thème de la Journée mondiale de la mission et de notre pèlerinage
doit nous rappeler premièrement que ce que nous voulons transmettre,
ce que nous devons transmettre, nous devons d'abord le recevoir.
Chers amis, est-ce que chaque jour, vous lisez et méditez au moins quelques
versets de la Parole de Dieu ? Est-ce que dans toutes vos réunions, aussi
bien d'équipes d'Action catholique que d'équipes du Rosaire, de
Conseil paroissial ou d'équipe pastorale, de catéchistes ou de
membres de l'équipe liturgique, d'aumôneries ou d'équipes
du Secours catholique, est-ce que dans toutes ces réunions, il y a un
temps d'accueil de la Parole ? Si vous ne le faites pas, alors vos actions seront
généreuses sans doute, vous allez même défendre et
répandre des valeurs, comme on dit, vous allez même proposer une
morale, pourquoi pas, mais vous ne serez pas missionnaires, vous n'évangéliserez
pas. Ne vous étonnez pas alors que si fréquemment vous vous retrouviez
toujours les mêmes et que vous soyez si souvent préoccupés
pour trouver des remplaçants ou des successeurs.
Recevoir pour transmettre. Transmettre, mais à qui ? A tous, au monde
entier, dit Jésus.
Nous transmettre la Parole les uns aux autres, entre nous, pour nous évangéliser
les uns les autres. Nous sommes responsables, chacun, de nos frères et
sœurs et nous pouvons compter, chacun, sur nos frères et sœurs
pour recevoir la Parole, pour qu'elle nous soit constamment transmise, dans
toutes les occasions que nous offre l'Eglise, à commencer bien sûr
par la célébration de l'Eucharistie, les célébrations
de la Parole, toutes les formes de catéchèse à tous les
âges et à toutes les générations et dans toutes les
circonstances de la vie.
Nous transmettre la Parole les uns aux autres, mais aussi transmettre la Parole
aux 90% de catholiques de notre diocèse qui ne sont pas des membres actifs
de l'Eglise, leur transmettre cette Parole pour réveiller leur baptême,
pour leur révéler leur vocation missionnaire et la joie de vivre
avec le Christ.
Et enfin transmettre la Parole que nous avons reçue, la Parole qui nous
fait vivre, la transmettre à tous : aux musulmans, aux juifs, aux bouddhistes,
aux non croyants. Oui, nous sommes chargés de les évangéliser
tous et en leur transmettant la Parole.
Je dis bien évangéliser, annoncer la Parole, je ne dis pas convertir.
La conversion ne peut s'imposer. Elle s'accueille comme une grâce de Dieu,
à laquelle une personne, dans sa liberté, répond personnellement.
Annoncer la Bonne Nouvelle, non pas convertir. Mais voici que sous prétexte
de ne pas convertir, sous prétexte de respect et de tolérance,
trop souvent, nous nous taisons : la moindre démarche d'évangélisation
publique est souvent soupçonnée, il est devenu incongru de faire
un signe de croix en public ou peut-être même entre chrétiens
avant un repas ou dans d'autres circonstances, des chrétiens n'osent
plus mettre un signe religieux dans leur maison et même parfois dans une
école catholique ; la proposition d'un dialogue sur la foi ou une invitation
à une réunion pour un partage sur la foi devient difficile, on
pense qu'on ne devrait pas le faire sous prétexte de laïcité
dans la République ou de neutralité dans une entreprise.
Nous disons – et je le répète très souvent –
que nous évangélisons d'abord par nos vies. C'est tout à
fait vrai qu'il s'agit d'abord de montrer comment le Christ nous fait vivre,
sinon nos paroles n'ont pas de sens et nous sommes des hypocrites. Mais il ne
suffit pas de vivre, il faut aussi transmettre, il faut aussi parler, il est
absolument nécessaire d'annoncer, de dire qui est le Christ, ce qu'il
a fait, ce qu'il veut pour nous, ce qu'il veut pour le monde, et pour cela de
faire connaître la Parole qui le révèle et qui révèle
tout le mystère de Dieu, du Dieu Amour, que Jésus lui-même
est venu nous révéler. Reconnaissons qu'en réalité,
respect et tolérance ne sont souvent que des excuses à cause de
notre manque de courage, nous avons peur des réactions, peur de mettre
à mal une bonne relation, peur d'être incompris ou moqués
ou méprisés. Et pourtant, tout cela aussi est sur notre feuille
de route. Il y a également parfois des causes plus profondes : nous ne
sommes pas convaincus de la nécessité d'évangéliser
: après tout, disons-nous, je n'ai pas à me mêler de ça.
Si quelqu'un est incroyant ou d'une autre religion que le christianisme, c'est
son choix. L'essentiel, c'est qu'il soit sincère. Et puis Dieu aime tous
les hommes, pourvu qu'ils suivent leur conscience. Et tout cela n'est pas faux.
Mais là encore, tout cela est insuffisant, car si pour notre tranquillité,
nous nous taisons, en prétendant respecter la conscience des autres,
en réalité, c'est la nôtre qui est endormie.
Au fond, si nous voulons accueillir le message que l'Eglise nous donne en cette
Journée mondiale de la mission, "la Parole que tu reçois,
transmets-la", si nous voulons transmettre cette Parole, la toute première
question, la plus fondamentale est celle-ci : "Est-ce que je suis convaincu
qu'annoncer l'Evangile en paroles et en actes est le plus grand service que
je puisse rendre à toute personne et à la société,
à la France, à l'Europe, à l'Afrique, aux Amériques,
à l'Asie, à l'Océanie ?"
Certains d'entre vous hésitent peut-être sur la réponse.
Eh bien je souhaite que ce pèlerinage soit pour eux l'occasion de se
décider à y voir clair, à approfondir leur foi, à
se rapprocher du Christ, à vivre une relation personnelle avec lui. Car
plus nous rencontrons le Christ, plus nous devenons disciples, plus nous comprenons
que si le Christ nous appelle vers lui, c'est pour nous envoyer vers les autres.
On ne peut pas être du Christ si on n'est pas en même temps de l'humanité.
On ne peut pas servir le Christ si on ne sert pas en même temps nos frères
et sœurs en humanité.
Et si votre réponse est oui, si vous êtes vraiment convaincus que
c'est le plus grand et le meilleur service, sans hésitation, alors c'est
le moment de vous souvenir que sans le Christ, nous ne pouvons rien faire dans
notre mission, que nous ne sommes jamais à la hauteur de cette mission.
Mais que c'est Lui qui vient nous prendre, depuis le jour de notre baptême,
pour nous mettre à sa hauteur et faire passer par nous son Esprit, pour
que nous soyons capables d'être missionnaires. Il nous donne son Esprit
de lumière, de force, de joie et de paix.
Nous l'accueillons dans cette Eucharistie, qui est la source et le sommet de
toute la mission de toute l'Eglise.
+ Gérard DAUCOURT
évêque de Nanterre